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28 février 2007 3 28 /02 /février /2007 15:31

La marge.  

Déménagement pour raisons économiques , clé n°2.

En tant que clients, nous percevons souvent la réalité de la marge pendant les soldes ou les promotions. Une remise de 70 %, ça interpelle et ça renvoie au prix de départ, donc à la marge.

Papier, crayon, calculatrice.

Qu'est-ce qu'une marge commerciale? C'est le prix de vente HT moins le prix d'achat HT. Entre nous (nous = commerçants), nous traduisons souvent le taux de marge par le coefficient multiplicateur, 2, 3, 4... A la différence près que l'on part du prix d'achat HT pour arriver au prix de vente TTC. Exemple : Le magasin Lambda achète un article 5 euros HT, à son fournisseur. Il le revend 10 euros TTC à ses clients. Le magasin Lambda applique un coefficient de 2.

Bref. Quelle que soit la méthode de calcul, l'objectif est de couvrir nos charges. En théorie, c'est ce qui détermine la marge. Objectif : rentabiliser l'activité. Pour Endo, sis 41 rue Vasselot, la marge a toujours été insuffisante. Qui a dit : Mais alors, il fallait augmenter la marge... Bonne remarque. Essayons. Comment augmenter une marge ?

3 possibilités :

  1. j'augmente le volume des ventes
  2. j'augmente le prix de vente des produits
  3. je réduis le coût d'achat  des marchandises auprès du fabricant

Si vous avez lu le billet du 21 février, vous savez que l'hypothèse n°1 est exclue, d'emblée, pour cause de mauvais emplacement (commercialement parlant).

Les 2 autres points ouvrent, quant à eux, des perspectives... Tiens, si je vendais ce tee-shirt plus cher, allez, coefficient 3, non 4, ça nous met le tee-shirt à 25, non, 30 euros, bon allez, clac clac étiquette. Tiens, si je tirais les prix chez Endo, après tout, la main-d'oeuvre est bon marché, là-bas : salaire moyen 520 euros, pas besoin de grand chose pour vivre, après tout ! Tiens...

STOP !!!

Rien de tout cela n'est perspective. Rien de tout cela n'est conforme à l'idée que je me fais de cette entreprise. Pour résumer le sens que je veux donner à mon travail, relire ce billet de janvier 2006 :

" 21 JANVIER 2006 - Extrait

 

Lorsque j'ai commencé à travailler avec Endo, j'ai souhaité m'inscrire dans une démarche de partenariat  "moral". Un partenariat honnête. Pour un équilibre économique et social. 

Oui, on m'a suggéré « d'exploser les marges ». Partant de l'hypothèse - parfois de l'intime conviction - que le textile polonais n'est certainement pas plus cher que le textile chinois, que la main d'oeuvre polonaise est elle aussi une main d'oeuvre à bon marché, sans ambition quant à l'amélioration de sa condition. Partant aussi de l'hypothèse - parfois de l'intime conviction - que le consommateur aime prendre des vessies pour des lanternes...

 Alors là, je m'énerve !

 

Endo, ce sont -dans les ateliers de Varsovie- 80 employés (sans compter les graphistes et illustrateurs) rétribués pour leur travail, leur savoir-faire et leurs compétences.

Ceci n'est pas négociable. C'est la règle de base.

A partir de là, rien se peut se faire au détriment de qui que ce soit.

Pourtant, une fois le travail du fournisseur payé sans discuter, on pourrait être tenté de déraper, et hop, un prix d'achat multiplié par ? allez ! Au moins ça !

Mais non, car rien se peut se faire au détriment de qui que ce soit.

Le prix de vente du tee-shirt Endo doit donc être, dans la boutique, le prix « juste ». Celui qui se justifie par la somme du travail des uns + les charges des uns + les charges des autres + le travail des autres. Celui aussi qui se justifie par sa qualité. Ni plus, ni moins. Sa juste valeur.

 

 

Ce jeu d'échecs acheté 6 euros sur le Rynek, à Cracovie, je l'ai croisé à Rennes. Vendu 35 euros. Si je ne l'ai certainement pas acheté à sa juste valeur en Pologne et s'il est vendu ici en France à sa juste valeur, qui a profité de ce réajustement? "

...

Un an après, je n'en démords pas. Cet entêtement a sa part dans le déménagement, dans la réorganisation à venir, dans les tracasseries financières et bancaires. La question est : et si j'avais mis un gros mouchoir bien épais sur ces principes de commerce équilibré et de commerce autrement, la boutique Endo aurait-elle été la boutique Endo ? C'est notre différence, notre différence de commerçants très indépendants.

J'ai imaginé un avenir pour Endo, un avenir qui reste fidèle à cette posture. Je dois renoncer à la boutique du 41, à Vasselot, mais pas au reste... Et c'est une consolation.

 

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21 février 2007 3 21 /02 /février /2007 11:24

Samedi dernier, tournage. Un regard sur le déhanché de Vasselot 2. Bientôt, sur le 41, il y aura soleil le matin. On distinguera avec netteté les traces de doigts sur la vitrine. En bas. A hauteur d'enfant. Mais je déménage. Dommage.

Je déménage pour raison économique. Le moment est venu de livrer quelques clés de compréhension, à partir du cas "Endo". Sans ambition particulière, sauf le respect de la confiance qu'il y a entre vous et moi et l'exigence de ne laisser planer aucun doute.

" Déménagement pour raisons économiques ", clé n°1

Le diktat de l'emplacement n°1 ou

comment aller de Charybde en Scylla

La configuration commerciale d'un centre ville, comme celui de Rennes, est à peu près celle-ci :

sur les emplacements commerciaux dits n°1- c'est-à-dire les plus fréquentés -  les commerces franchisés, les boutiques appartenant aux grands groupes de prêt-à-porter ou de téléphonie et les banques (ou leurs fantomatiques guichets),

encadrant et ponctuant l'hypercentre, deux ou trois centres commerciaux, dont les cellules sont occupées par des commerces franchisés ou des succursales,

dans les rues adjacentes, perpendiculaires, buissonnières, les emplacements de second rang (de seconde zone ?) où l'on trouve essentiellement les commerces indépendants.

Cette configuration a pour effet d'encadrer le flux du piéton, potentiellement client ,et de dessiner des axes de fréquentation, des sillons, comme celui allant du Centre Colombia à la Visitation, via Tronjolly, Nemours, Le Bastard. Simple comme bonjour. Avec une spécificité rennaise : le shopping, ça se passe rive Nord, autour de la Place de la Mairie. Tous ceux qui ont successivement expérimenté le sud, puis le nord, ont "senti la différence" (sic).

La question est : mais pourquoi n'y-a-t-il pas de petits commerces indépendants sur ces axes ? Réponse : parce que ça coûte cher. Très cher.

Explications :

- le commerçant est, dans la majorité des cas, locataire et verse chaque mois un loyer. Loyer soumis aux mêmes critères qu'un appartement : situation géographique, superficie, caractère ;

- pour "entrer" dans le local, le commerçant achète au locataire précédent le droit au bail. C'est une sorte d'indemnité, vaguement réglementée (peu de choses sont figées dans le droit commercial, tout est "négociable"). Le droit au bail se "transmet" de locataire à locataire. C'est un usage. Ces 5 dernières années, le droit au bail a fait l'objet d'une forte spéculation*, en centre ville (à Rennes comme ailleurs).

De quoi parle-t-on, concrètement ? Exemples de prix (source: Ouest-France, février 2007) :

Pas de porte - Pas-de-porte Rennes centre, quartier République, local de 60 m2 avec belle vitrine, loyer 909 HT/mois, 120 000 euros net vendeur négociable

Pas de porte - Nouveauté, pas-de-porte Rennes centre Nord, belle affaire du jour, très bon état (travaux de moins d'un an), surface de 25 m2+ réserve de 10 m2, vitrine d'angle de 4 ml, loyer 890.72 HT/mois, 110 000 euros net vendeur

Les prix pratiqués découragent et éliminent le petit budget du commerçant indépendant. Sauf s'il a récemment fait un bel héritage et qu'il consent à l'engloutir dans ce type d'investissement, sous forme d'apport personnel (la banque appréciera). Sauf s'il offre toutes les garanties nécessaires à l'obtention d'un confortable prêt professionnel - sur 7 ans maximum - (la banque appréciera).  

Généralement - puisqu'il réunit rarement les deux conditions ci-dessus -  l'indépendant se tourne vers les emplacements moins chers, mais aussi moins visibles et donc moins fréquentés. Certaines activités ne souffrent pas de tels choix : parce qu'elles sont spécialisées et peu concurrencées. En revanche, une activité comme la vente de vêtements pour enfants, très concurrencée (même si elle est très originale), devrait se soumettre à la règle de l'emplacement n°1. C'est en tout cas la leçon que je retiens, deux ans après l'ouverture d'Endo, rue Vasselot 2.

En octobre 2004, j'ai choisi cet emplacement pour des raisons plus sentimentales et esthétiques que commerciales. Installer Endo entre la Courte Echelle et le magasin Zinzin, c'était non seulement inespéré : c'était évident, naturel ! On avait émis des réserves sur mon choix... Une ancienne collègue enseignante en commerce m'avait dit : "N'oublie jamais, dans le commerce, il y a 3 règles : 1. l'emplacement, 2. l'emplacement, 3. l'emplacement !".

J'avais l'obstination de la créatrice d'entreprise, accrochée à ses envies. Et un plan de financement qui excluait l'implantation sur un emplacement n°1. Cercle vicieux, serpent qui se mord la queue ou comment aller de Charybde en Scylla.

En fait, c'est plus nuancé : j'ai l'intuition que le 41 pourrait être un très bon emplacement, avec le temps, deux ans peut-être. Cependant, je n'ai pas le temps. Pas le temps d'attendre deux ans pour rémunérer enfin mon travail...

Voilà, pour la clé n°1 :

- loyer + droit au bail (emprunt) = charges élevées

- emplacement inadapté = chiffre d'affaires insuffisant

 * Spéculation dans laquelle nous, détenteurs de droit au bail, avons une responsabilité, puisque nous fixons le prix de vente. Remarque : la plus-value recherchée sur la vente d'un droit au bail vient parfois compenser l'absence ou la faiblesse de rémunération de l'activité.

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19 février 2007 1 19 /02 /février /2007 16:12

Dans la toute petite bibliothèque de la marchande, il y a :

- le seul livre de recettes polonaises que je connaisse et que je dois prêter à mon amie Dorotha (du restaurant Le Cheval Bleu) depuis si longtemps : Savoureuse Pologne, de Viviane Bourdon, aux éditions Noir sur Blanc.

- le Harrap's Compact, car, évidemment, contrairement à la légende, je ne parle pas polonais et je le suis encore moins (d'origine), et qu'entre Endo et moi, ce n'est pas seulement une affaire de négoce, de références, de prix et d'euros, ce sont de fréquents messages, parfois longs comme des lettres, de l'épistolaire, et pour cela, il faut du vocabulaire !

- la tranche écrue d'un cahier Endo, le modèle "Inséparables". Carnet d'adresses, noms d'artistes et de créateurs.

- le Slownik, ah le Slownik polsko-francuski francusko-polski, le dictionnaire qui me permet de donner le change, en attendant le passage fortuit de Piotr ou de Magda ou l'efficacité d'un logiciel de traduction, pour répondre avec naturel à la question  : " Et ça veut dire quoi... ? ".

- Au bonheur des Dames, d'Emile Z., une révélation, un oublié de ma terminale, livre de chevet désormais, pour petite commerçante très indépendante ;

- et enfin, et enfin : le Dictionnaire de Rimes (et assonances), ma béquille, mon indispensable,  mon complice, mon "sans qui aucun message n'aurait l'air de rien"... Non, je ne suis pas poète. J'ai juste un dictionnaire, un bon dictionnaire de rimes.

Démystification.

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16 février 2007 5 16 /02 /février /2007 17:58

Allée buissonnière où la rose anglaise ronde et joufflue nargue la jonquille qui tente de percer dans une terre transplantée et compacte, parce que - tout simplement - c'est la saison de percer !. Hiver franchement tourneboulé derrière les Champs-Libres. Mais toujours la sensation que je suis la seule à connaître ce passage secret, entre le train du matin et le 41. Passage à l'anglaise. Magnolia au printemps, figuier et chévrefeuille en été.

 

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15 février 2007 4 15 /02 /février /2007 11:56

Les matins vont être ainsi jusqu'à ce que mars se pose sur Vasselot. Matins-gloups. Hier, déjà, il pleuvait et j'avais l'impression que c'était moi qui pleurais sur ce bout de la rue. Mon village. Je suis quelqu'un de village. Quelqu'un de voisinage. (Qui a dit de papotage ?!!! )

Je prépare mes bagages...Bien sûr, Endo reste dans le paysage, sur le même rivage. Endo déménage. Déménage seulement. Un passage. Bien sûr. Mais ici, j'étais chez moi. On est chez soi partout où l'on partage.

Pour que les matins-gloups soient plus légers, j'ai donc décidé de tout reluquer. De photographier. Sur le chemin qui va de mon train du matin au 41. Et aussi à l'intérieur du 41, autour, au-dessus, dessous. J'ai décidé de regarder le paysage de mon village.

Nouvelle rubrique (éphémère), donc, intitulée : Matins-gloups.

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L'édito d'Endo

Jusqu'en 2009, Endo a été une marque polonaise de vêtements pour enfants, une boutique en centre-ville de Rennes, une boutique en ligne avec un .com, une expérience de "commerce autrement", un lieu de diffusion et de soutien à la création artisanale locale, un espace d'expositions, un faiseur de petits événements et de grandes rencontres.

 

Tout ça à la fois, qui se raconte depuis septembre 2005 sur ce blog.  

 

Même pas mort, ce blog continue à regarder autour de soi le beau, l'insolite, le poétique, l'énervant, voire plus.


           Christèle Fournier

           endo.fr@free.fr

 

 

 

 

  J'ai rebondi là... 

goodmorning-logo-nov2011

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