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Caly jestem w skowronkach *
* Être plein d'alouettes
Gloupote est mon amie. Elle est romantique, poétique, éclectique. Et en réthorique, elle est astronautique. Je veux dire : fantastique !
Ce matin, elle a posté une note promise, dissipant ainsi le fameux mystère des alouettes sur monstre optimiste. De la gymnastique, entre linguistique et métaphysique ...
Gloupote, c'est à toi !
Les alouettes d'Endo
ou la découverte du poids du langage.
Ca commence chez la marchande de tee-shirts polonais, à peine arrivée la collection d'automne, quand je décide une nouvelle fois de faire de B un "élu". On en croise en ville de temps en temps de ces initiés, affublés de loups mélancoliques, de clowns cartésiens ou de Renaclerican Rena-quoi ? Ben oui faut lire Moomine ! Et puis faut connaître la boutique !
Cette fois-ci, dans la collection Monstres Optimistes, je choisis le tout noir tout rond. La vendeuse de tee-shirts polonais traduit les inscriptions : qu'est-ce qu'il dit le monstre ? Il dit qu'il est "tout plein d'alouettes". Comme toujours, on sourit avec la marchande parce que c'est gai, c'est sensible, c'est poétique, c'est décalé. Et puis ça colle avec le dessin de ce monstre qui sourit jusqu'aux oreilles, surmonté d'une colonie d'oiseaux impassibles qui ont niché sur son dos. C'est indéniable : il est "tout plein d'alouettes". Mais qu'est-ce que ça veut dire ? C'est pour ça qu'on trouve toujours ça un peu décalé : c'est qu'on comprend pas toujours même si ça nous fait sourire...
Parce que Tadeucz, au stand maquereaux du marché des Lices, il sourit aussi en voyant le tee-shirt polonais, mais il ne trouve pas ça "décalé". Il proteste même un peu : " décalé, décalé... certainement pas Messieurs Dames de Bretagne dans la France ! C'est pas décalé, c'est CUL-TU-REL". Allons bon Tadeucz, explique-nous donc un peu la chose ! Tadeucz commence une EXPLICATION DANS LE TEXTE : "être tout plein d'alouettes", c'est être très très très content. Et puis Tadeucz est rejoint par Irina qui a fini l'achat de maquereaux ? parce qu'on ne peut pas toujours s'occuper de choses culturelles, il faut manger aussi Tadeucz ! Irina parfait l'explication (les filles sont d'une plus grande précision, d'un esprit plus englobant) : "être tout plein d'alouettes", c'est davantage qu'être content, simplement content, c'est être ravi aux anges, et même un peu amoureux tendance fleur bleue, le c?ur qui papillonne et l'émerveillement : la plus jolie fille est venue à moi ! B mon top model de chez Endo, et moi, on en reste tout pantois, et on dit merci, et on sourit, mais plus pareil. On s'y attendait pas !
Rentrés à la maison, empoêlés les maquereaux, on commence à s'interroger sur cette EXPLICATION DANS LE TEXTE. Surtout on se demande pourquoi chez nous ce sont les pinsons qui sont gais, et là-bas au pays des tee-shirts, ce sont les alouettes. On se refait toute la théorie de Ferdinand de Saussure - ce célèbre maroquinier ? et le couple signifiant-signifié. Et on entend le chant plaintif de l'alouette de France : "je suis la mal-aiméééééeeeeeeuh". On se sent cruels : "ben oui, alouette, pour nous, t'es rien qu'une alouette, on te demande rien d'autre, et quand on est contents, ben c'est pas à toi qu'on pense, c'est au pinson".
Mais les maquereaux nous revigorent : l'heure de la révolte a sonné ! Sonnez trompettes ! Battez tambours ! Mince alors, le destin s'est mis en marche au stand maquereaux : on a rencontré Tadeucz ! L'Europe est à nous ! Et l'alouette s'élèvera au rang des Nations !
Ce qu'il nous fallait comprendre, c'était le poids du langage. Parce que si Tadeucz nous avait rendus résolument optimistes, le dictionnaire nous laissait clairement circonspects. Page 56 du Larousse illustré, l'alouette abandonnée se révélait un "oiseau passereau d'Europe" tout comme son cousin le pinson à la page 380. A un détail près, que le cousin avait droit en fin de définition à sa petite expression typico-proverbiale : "gai comme un pinson". Le Larousse n'aidait pas à la réconciliation des peuples ni à l'émancipation des sous-couches prolétariennes. Oh que non ! Mais nous, on a tenu bon.
On l'a regardé dans les yeux le dico et on lui a posé LA question : "Toi le dictionnaire, tu rejettes comme ça, arbitrairement, la cousine alouette dans les abysses de la non-signification, et tu lui refuses le Beau, tu nies le Sublime en elle, tu dis qu'elle est vouée à rester à jamais rien d'autre qu'elle-même car c'est sa CONDITION. Tu dis ça dictionnaire, mais dis-nous : qui es-tu, TOI, dictionnaire ?".
Il avait pas de réponse le gros bouquin. Il était tellement habitué le Monsieur-Je-Sais-Tout à ce qu'on vienne le consulter dès qu'on avait un doute sur le sens, l'orthographe. Pas de question à laquelle il n'apporte de réponse. Mais là, on lui pose la question "ontologique", comme dit B, et il reste muet. "Comme une carpe" qu'il nous dit pour essayer de sauver la face, "allez voir page 132, la carpe". Eh oh gamin, tu vas pas t'en sortir comme ça, dis-nous qui t'es ou c'est nous qui nous en allons te le dire !
Alors on lui a tout balancé (vengeance cousine !): " toi, le dico, t'es le langage en deux kilos ! T'es l'IDEOLOGIE du langage en deux kilos ! Nous, on a rencontré Tadeucz et il a fait de nous des libres-penseurs, ben oui, comme ça, au stand maquereaux ! Et on sait enfin que le langage ne pèse pas deux kilos ! Que le langage, c'est l'HISTOIRE DES HOMMES, et ça, l'histoire des hommes, c'est pas tes 80 cm³ qui vont la contenir ! Tu peux aller voir Alain Rey, pleurer Maître Maître, il peut rien pour toi Alain Rey !"
Bon, on l'avait un peu brusqué, il était un peu écorné, alors on a proposé la paix des braves : "si tu admets que t'es un peu limité, on veut bien te recoller tes feuilles volantes et te refaire une jolie couverture en kraft"
- Ah mais non, mais certainement pas ! Limité ! 550 000 définitions, des citations de Lautréamont, de Roger Martin du Gard, si c'est limité ça ?!
- Eh oh le dico, t'es pas en position de négocier alors rends-toi !
- Mais le kraft va cacher mon nom !
- Eh ! Tu veux une autre nouvelle : on t'ouvre, on te referme, mais on perd rarement du temps à contempler ta couverture, alors ta coquetterie !
- Bon.
- Tu sais dico, on veut pas être méchants avec toi. Mais l'alouette tu comprends, ça nous a fait un choc. Tu devrais aller voir ton pote Bailly, il t'apprendrait des choses sur le "gnoti seauton", le "connais-toi toi-même", et puis ça te ferait du bien d'en parler à un copain".
On l'avait eu. Et avec lui, la vérité enfin, sur le poids du langage, qui ne pèse pas deux kilos. C'était les alouettes et les pinsons, et la migration de l'oiseau Tadeucz, qui nous avaient ouvert la voie de la connaissance : le langage est l'IMAGINATION des hommes, il ne pèse rien, ou pour ainsi dire : il a un poids de plume.
Gloupote, tu es unique !!!