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La veille, Joël Collado avait prévu des giboulées sur la Bretagne. Joël Collado n'avait pas précisé la nature de ces giboulées : giboulées comment ? giboulées de quoi ?
Quand je me suis assise dans ma boutique déserte, je savais, moi, la nature des giboulées. Giboulées d'amitié : c'était ça, et il en a plu toute la journée sur le 41 rue Vasselot. Des giboulées délicieusement généreuses. Des rivières de giboulées. Des giboulées qui valent de l'or. Inestimables.
Tous sont venus, vous êtes tous venus, même ceux qui n'étaient pas là.
C'est une vie que j'ai passé là. Une vie en plus. Une vie de plus. Cette vie a créé de l'indispensable, du nouveau, du vital, cette vie a donné de la profondeur, de l'épaisseur. Comme mes autres vies. Pourtant, celle-ci m'a donné quelque chose en plus, que je n'avais pas su puiser avant. Cette vie-là m'a apporté la liberté d'être moi-même, complètement moi-même. De me frotter à qui je suis, de n'être que qui je suis. Avec une tranquillité d'esprit inattendue.
Quand je me suis assise dans ma boutique déserte, la caméra a un peu tourné. J'ai dit que j'étais fière. Que j'étais fière de n'avoir pas cédé, ni dérapé. D'avoir tenu le cap. A contre-courant. J'ai ressenti combien j'avais eu raison de ne pas plier.
Mais ne pas plier, ce n'est possible que si les autres mettent en vous une confiance infinie. Ce n'est possible que s'ils vous nourrissent de leur énergie, de leur amitié, de leurs mots, qu'ils passent vous claquer une bise une fois par jour, qu'ils viennent vous apporter du sucré pour le goûter, qu'ils vous prennent contre eux quand vous manquez de flancher, quand ils sont chez vous comme chez eux, quand ils vous écrivent comme si vous vous étiez toujours connus... C'est cela qui a rendu possible cette vie-là...
Samedi, moi, si bavarde, (allez, je l'admets, même si ça m'embête, je suis sûre qu'il y en a qui n'avaient pas remarqué), je n'ai pas trouvé un autre mot que "merci", moi,oui, moi, j'étais à court de mots, et pourtant j'en connais, des mots. J'avais l'air béat et j'étais béate !
Endo quitte le 41, mais il n'y a au fond aucune défaite. Et samedi, c'était cela : tout sauf la défaite. A la Joanna Bobula, mon alter ego chez Endo, rue Zakamarek, Varsovie, elle m'a écrit il n'y a pas longtemps : "Es-tu comme moi...penses-tu aussi qu'il y a toujours des possibles ? "...