Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 avril 2007 4 19 /04 /avril /2007 09:40

Comme on est les meilleures amies du monde, on peut se permettre d'énergiques prises de bec. En général, ça finit dans un éclat de rire, genre : j't'aime bien quand même  ! Au temps du 41, ça se passait sur le seuil de la porte. La sienne ou la mienne. La sienne, c'est celle du restaurant  Au Bon Goût Franc-Comtois. Je parle donc de Lulu. Mon amie Lulu. En établissant mon camp de l'autre côté, le danger était de perdre ces moments de franche amitié. Mais...je suis rassurée. Hier, j'ai eu la preuve que nous avons survécu au départ d'Endo et que nous savons encore faire résonner nos voix rue Vasselot.

Sujet du jour : Lulu me rapporte une remarque d'un de ses clients. La remarque souligne la différence entre les professionnels du commerce -eux - et les néophytes du commerce - nous -. Chacun son objectif : les premiers, faire de l'argent, les deuxièmes, se faire plaisir. Les premiers devraient réussir (dans la vie), les autres non. Lulu me dirait que ce n'est pas tout à fait ça, mais je schématise.

La question touche à la légitimité de notre "autre" commerce. Voire à sa crédibilité. Nous avons souvent à justifier de notre démarche, parce qu'elle n'est pas conventionnelle, pas stéréotypée. La part de rêve que nous mettons dans nos projets fait sourire... On ne nous prend pas au sérieux parce qu'on dessine sur nos vitrines, parce qu'on discute avec nos clients, parce qu'on met des fleurs sur la caisse, parce qu'on organise des goûters, parce qu'on crée des lieux, des liens...etc.

Etablir une nuance entre "faire de l'argent "et "gagner sa vie" est important. Comme entre "faire du profit" et "rentabiliser". Pourquoi créer son emploi si ce n'est pour gagner sa vie ? Avant toute chose. Après ou simultanément, dans le kit, on met le reste : la part de rêve, les visages de la réalité, les différences, les rencontres, l'émerveillement. Il faudra bien faire avec, nous serons de plus en plus nombreux à vouloir travailler ainsi. Travailler pour "faire de l'argent " a en effet ses limites : celle de la liberté des autres. Il peut y avoir arbitrage. Implosion.

Dans notre démarche, il y a une place pour la part de rêve. C'est notre supplément d'âme. C'est notre charme fou... Dans la réalité, nous avons inclu cette part de rêve. La part de rêve : valeur intrinsèque de notre réalité. Paradoxalement, je ne suis jamais sentie autant dans la réalité que depuis que j'ai créé cette entreprise. Elle a pris différents visages, qui n'étaient, parfois, pas très aimables. De la réalité, nous expérimentons beaucoup de choses. Et nous la ressentons évidemment avec plus de violence que celui qui est là pour "faire de l'argent" et qui n'a d'état d'âme qu'au regard de son tiroir-caisse.

Hier, j'ai vu rouge. J'aimerais gagner ma vie - je ne la gagne pas depuis deux ans et demi - mais j'aimerais la gagner en l'inventant et lui donnant une implication collective et humaniste. C'est le sens de mon travail. De notre travail.

Et Lulu de me dire : "Mais toi et moi, on dit la même chose depuis le début ! " Ah bon*...

* Nota bene du 26 avril : Ah bon... sur le ton "Ah bon ? Mais oui, t'as raison ma Lulu, on dit la même chose...Et on en fait du bruit pour dire la même chose ! Faut croire qu'on aime ça, faire du bruit ensemble... ". Mille excuses plates et sincères pour ce "ah bon" qui prêtait à confusion. Pour moi, il n'y avait aucune ambiguïté, notre autre commerce, c'est aussi celui de Lulu. C'est bête, les mots, quand ça s'en mêle.

Partager cet article

Repost 0
Published by Boutique Endo France - dans Vasselot 2 - les voisins
commenter cet article

commentaires

Yann 20/04/2007 16:52

Bonjour,OUH, grand sujet !!! digne d'un sujet de philo et tellement plus réel.Gagner sa vie, faire de l'argent, vivre de rêve, réussir dans la vie?Est il nécessaire et, ou, obligatoire de faire du fric, du pognon, amasser, entasser, pour réussir sa  vie.Franchement je pense que ceux qui pensent cela mourront riches, et malheureux d'avoir rater leur vie. Je ne les envie pas, je ne les plains pas non  plus, ils ont choisi, tant pis pour eux.J\\\'ai discuté hier avec une commerçante tout ce qu'il y a de "vrai" salon de thé, viennoiseries, repas le midi, torréfaction, vente de thé et de café...ça marche pour elle, elle se lève tout les jours à 5 heures, et rentre chez elle à huit heures. Elle est usée, parle de sacrifice permanent, d'absence de vie, est-ce que ça marche vraiment pour elle ou est-ce que c'est son entreprise qui marche. réussit elle sa vie ? Elle ne prend plus aucun plaisir, ne rêve plus, le travail et les clients l\\\'énervent, elle est aigrie, triste.De plus je suis persuadé qu'avec la montée du commerce par Internet, et la continuité de la montée en puissance des grandes surfaces, les seuls commerce qui dans quelques années pourront continuer d'exister seront ceux ou les clients trouveront ce supplément de rêve, de folie, de professionnalisme. Ils viendront parce que ce sera ici et seulement ici qu'ils trouveront des commerçants qui aiment leur métier et les produits qu'ils vendent.Les rêveurs d4aujourd'hui sont la réalité de demain. Je me souvient (comme un vieux) de quand je défendais becs et ongles l'agriculture biologique il y a 25 ans et que ceux qui avaient réussis me prenaient pour un rêveur...Continue de rêver, c'est le seul moyen d'être heureux parce qu'on se respecte.Yann

L'édito d'Endo

Jusqu'en 2009, Endo a été une marque polonaise de vêtements pour enfants, une boutique en centre-ville de Rennes, une boutique en ligne avec un .com, une expérience de "commerce autrement", un lieu de diffusion et de soutien à la création artisanale locale, un espace d'expositions, un faiseur de petits événements et de grandes rencontres.

 

Tout ça à la fois, qui se raconte depuis septembre 2005 sur ce blog.  

 

Même pas mort, ce blog continue à regarder autour de soi le beau, l'insolite, le poétique, l'énervant, voire plus.


           Christèle Fournier

           endo.fr@free.fr

 

 

 

 

  J'ai rebondi là... 

goodmorning-logo-nov2011

Tout Frais...

  • 10 ans, c'est vieux pour un blog
    1045 posts. 1046 avec celui-ci. Le 1er billet - en 2005 - commençait par "Le beau est la forme de l'amour". C'était la devise d'Endo, empruntée au poète Norwid. Le début d'une simple histoire de boutique rue Vasselot à Rennes puis rue Poullain-Duparc,...
  • L'Hospitalité Pasteur
    En 1886, lorsque Le Bastard passa commande d'une faculté, Martenot demanda aux professeurs de préciser leurs besoins. Les professeurs avertirent : " L'auteur de cet avant-projet ne devra pas perdre de vue qu'une faculté des sciences est un atelier des...
  • Petit Potam, Christine Chagnoux - 1967
    Petit Potam, Christine Chagnoux - 1967 Chine de dernière minute avant la fermeture du vide-grenier. La fleur au bec, Petit Potam me tend les pognes. Copyright by Dargaud 1967, imprimé en Finlande par Sanomaprint Helsinki 1970, je décèle la trouvaille...
  • Avenue Robert Buron ou la métamorphose du regard
    Avenue Robert Buron, temps de chien et mémoire d'éléphant. Dans les années 80, on a rôdé par ici. En toutes saisons, à toute heure, sur tous les tons, sous tous les cieux, le jour à peine levé, la nuit qui tombe, la lumière de juin. D'un pas brouillon,...
  • 14 & 15 juin 2014 - 6ème Petit Bazar du Canal
    Au 18 canal Saint-Martin, empruntez le passage cocher. Entrez dans la cour. Au fond, la maison en briques rouges a été construite en 1903 par l'entrepreneur Jean-Marie Huchet pour monsieur Solleux, l'immeuble derrière vous l'a été en 1906 par l'entrepreneur...
  • La vie en ville - Palissade à Saint-Michel
    Place Saint-Michel. La palissade est en mouvement perpétuel. Avec des hauts et des bas. Parfois éteinte, comme délaissée. Souvent lumineuse, comme occupée. Cet espace public évoque les oeuvres de Raymond Hains et des Nouveaux Réalistes. Un pan s'abandonne...
  • La vie en ville - Motifs
    MOTIF n.m est le masculin substantivé (1370-1372) de l'ancien adjectif motif, motive (1314) lui-même emprunté au latin motivus "relatif au mouvement", de movere -> mouvoir "remuer, bouger, se déplacer", également employé au sens moral d'"exciter, émouvoir"....
  • Leggera 2014
    © Good morning
  • "J'ai fait une plantaison de sapin", rue de Nemours, 08.12.2013
    Après la plantaison, vint la fenaison... Hommage à ceux qui se jouent des mots comme de leur première culotte, ils folâtrent sans retenue dans la nomenclature. Compliment à ceux qui laissent leurs oreilles s'égarer et entendre, ils moissonnent de purs...
  • Rennes - Un marché de Noël, s'il vous plait
    Il nous plait, il nous plait. Mais on a nos préférés, c'est notre côté bégueule. Le meilleur du cru 2013 sélectionné par nos soins serait un modèle emberfilicoté, un modèle solidaire et un modèle réversible. Inventaire. Samedi 30 novembre et dimanche...